« Garant de l’exception djiboutienne » : une phrase qui interroge la fidélité à la République
7 mars 2026Tribune

« Garant de l’exception djiboutienne » : une phrase qui interroge la fidélité à la République

Lorsque le pouvoir se présente comme indispensable à la préservation d’une prétendue « exception », il reconnaît implicitement que la continuité d’un système prime sur la souveraineté du peuple

Dans son interview publiée le 27 février dans Jeune Afrique, le président de la République affirme : « Je suis le garant de l’exception djiboutienne ». Une telle affirmation mérite d’être examinée par la nation avec gravité.

Dans une République, un chef d’État n’est pas élu pour devenir le gardien d’un « temple » ou le garant d’une prétendue exception, mais plutôt investi par le suffrage pour servir la Constitution, protéger les institutions et agir au nom du peuple souverain.

Or cette phrase, destinée à rassurer certains partenaires, révèle une conception du pouvoir profondément préoccupante et pose directement la question de sa fidélité à la République.

Elle suggère qu’au-delà de la fonction présidentielle, le chef de l’État se présente comme le garant d’un ordre politique particulier, présenté comme indispensable à la stabilité et à la protection d’intérêts stratégiques dans la région.

Nos partenaires internationaux savent pourtant qu’une relation solide avec Djibouti ne peut pas reposer sur la permanence d’un homme, mais sur la stabilité d’institutions respectées et d’un État de droit crédible.

Djibouti restera un partenaire fiable pour tous les États qui coopèrent avec notre pays. Mais la fiabilité d’un État ne peut jamais reposer sur la permanence d’un homme ; elle repose sur la solidité des institutions, la clarté des règles constitutionnelles et la confiance d’un peuple dans ses propres institutions.

Djibouti n’a pas vocation à être la propriété politique d’un dirigeant qui se présente comme l’unique gardien d’un système.

Un président de la République n’est pas élu pour rassurer des partenaires en se présentant comme le gardien d’un dispositif politique.
Il est élu pour servir la nation et respecter la Constitution.

Lorsque le pouvoir se présente comme indispensable à la préservation d’une prétendue « exception », il reconnaît implicitement que la continuité d’un système prime sur la souveraineté du peuple.

C’est précisément ce qui s’est produit ces dernières années.

La Constitution a été modifiée pour permettre la prolongation du pouvoir. L’espace politique vérouillé et la compétition électorale progressivement vidée de sa substance.

Dans ce contexte, la phrase prononcée par le président ne relève plus de la rhétorique.
Elle exprime une posture politique qui interroge directement la fidélité à la Constitution et à la nation.

Car un président de la République ne peut pas se faire réélire, ou s’auto-réélire par un processus verrouillé, pour devenir le gardien d’un temple destiné à préserver des intérêts autres que ceux du peuple.

Il doit être le serviteur de la République et le garant de la volonté nationale.

Cette phrase révèle ainsi une conception du pouvoir qui s’éloigne de l’esprit républicain.

Elle restera sans doute comme l’une des formules qui auront le mieux illustré la nature d’un système politique où la pérennité d’un homme a fini par l’emporter sur le respect des institutions.

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